Perché sur une éminence dominant la plaine de l’Argens, le vieux village de Puget-sur-Argens conserve encore aujourd’hui les empreintes d’un passé médiéval riche, bien que largement effacé par le temps. Au cœur de cette histoire se trouve un château aujourd’hui disparu, dont les archives permettent toutefois de retracer les grandes lignes.
Les premières mentions du site remontent à l’an 990, lorsque le territoire, alors appelé “Villa Pogito”, est attribué à l’évêque de Fréjus. À cette époque, il ne s’agit encore que d’une exploitation agricole ouverte, sans fortifications. Mais rapidement, en raison de sa position stratégique, le site se développe et se regroupe sur la colline.
Dès le XIe siècle, une organisation féodale se met en place, et au siècle suivant, le village devient un “castrum”, c’est-à-dire une agglomération fortifiée. Une enceinte entoure alors le bourg, probablement complétée par une maison forte ou un château au sommet de la butte. Si les vestiges matériels sont aujourd’hui presque inexistants, le tracé de cette enceinte reste lisible dans l’organisation circulaire des rues du centre ancien.

Le château, dont la construction exacte demeure inconnue, joue un rôle défensif majeur. Il sert notamment de refuge aux évêques en période de troubles. En 1392, l’évêque Louis de Bouillac s’y abrite face aux violences liées aux conflits locaux. Au fil du temps, le château devient également un enjeu de pouvoir : sa possession est disputée entre autorités religieuses et seigneurs laïques, donnant lieu à de nombreux conflits juridiques.
Au XVIe siècle, durant les guerres de Religion, le château souvent désigné comme “le fort” est encore utilisé et entretenu. Les archives communales mentionnent des réparations, l’organisation de gardes et des dépenses pour renforcer sa défense. Toutefois, ces conflits marquent aussi le début de son déclin. Les combats violents et l’évolution des techniques militaires, notamment l’usage de l’artillerie, rendent ces fortifications obsolètes.
Au début du XVIIe siècle, le château existe encore, mais son état se dégrade rapidement. Dès 1676, il est décrit comme une ruine. Au XVIIIe siècle, il n’est plus qu’un amas de pierres, progressivement réutilisées par les habitants pour d’autres constructions. La Révolution française entérine définitivement sa disparition, en autorisant la démolition des anciennes places fortes.
Afin de préserver le souvenir du lieu, un oratoire (L’oratoire du Château) fut ensuite édifié à l’emplacement du château (ci-dessous, visible également au centre de la photo en-tête de cet article, au sommet de la colline). Disparu à son tour au cours du XXe siècle, il a finalement laissé place à l’actuel château d’eau, seul repère marquant désormais le point culminant où s’élevait autrefois la forteresse.

Aujourd’hui il ne subsiste quasiment rien de cet édifice, mis à part un témoin précieux de cette époque : une porte de l’ancienne enceinte, encore visible sous le beffroi. Elle rappelle que le village était autrefois ceint de remparts, dont le tracé est encore perceptible dans l’organisation circulaire des rues du centre ancien.

Ainsi, l’histoire du château de Puget-sur-Argens illustre le destin de nombreux sites médiévaux : nés de nécessités défensives, transformés par les luttes de pouvoir, puis abandonnés face aux évolutions militaires. Si les pierres ont disparu, les archives, elles, permettent encore de faire revivre ce pan oublié du patrimoine local.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter un article très détaillé réalisé par Daniel Hainaut, paru dans le bulletin n°18 de la société d’histoire de Fréjus et de sa région : Télécharger l’article (PDF)












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