Vous l’avez sans doute déjà remarqué. Sous le pont du boulevard Jean Moulin, au niveau de la passerelle du Paragon, une immense fresque prend progressivement forme. Pendant plusieurs semaines, les bombes de peinture remplacent le bruit habituel de la circulation et un visage, des silhouettes, des jeux de lumière apparaissent peu à peu sur les murs.
À l’origine de ce projet, Menace l’Artiste, de son vrai nom Florian Guelfucci, muraliste originaire de Vallauris, choisi par la Ville de Puget-sur-Argens dans le cadre du premier appel à projets “Puget à Ciel Ouvert”. Le thème imposé : le spectacle vivant.
Nous l’avons rencontré alors qu’il était en plein travail.

D’un adolescent graffeur à un artiste reconnu
Difficile d’imaginer que derrière ce vaste chantier se cache un surnom né d’une mésaventure d’adolescent.
“Menace”, raconte-t-il en souriant, est le diminutif de “Menace to Society”, le nom de son premier collectif de graffeurs à la fin des années 1990. Un jour, alors qu’il taguait ce nom sur un mur, il n’a eu le temps d’écrire que le premier mot avant d’être interrompu par la police. Ses amis ont ensuite commencé à le surnommer “Menace”. Vingt-cinq ans plus tard, le nom est resté.
Il découvre le graffiti à 13 ans, en pleine culture hip-hop. À l’époque, il ne s’imagine absolument pas en faire son métier.
“C’était une passion. Comme certains jouent au football ou font de la moto.”
Autodidacte, il n’a suivi aucune école d’art. Pendant près de dix ans, il travaille comme éducateur auprès d’enfants avant de se lancer progressivement comme artiste indépendant. Installé à son compte depuis 2013, il vit aujourd’hui entièrement de son activité.
Pour lui, le talent n’explique pas tout. “Le don représente peut-être 5 %. Les 95 % restants, c’est du travail, de la pratique et de l’entraînement”.

Un projet remporté… grâce à un appel à projets
La fresque de Puget-sur-Argens constitue une première dans son parcours : c’est la première fois qu’il répond à un appel à projets.
Habituellement, ce sont les collectivités, les entreprises ou les particuliers qui le contactent directement.
Lorsque la Ville a lancé son concours pour réaliser une fresque monumentale de près de 240 m² sous le pont du Paragon, plusieurs personnes lui ont transmis l’information via les réseaux sociaux. Séduit par le thème et le principe, il décide de tenter sa chance.
Le dossier demandait une proposition artistique complète, accompagnée d’un portfolio présentant ses réalisations précédentes.
Son expérience des grandes fresques publiques, mais aussi son interprétation du thème du spectacle vivant, ont convaincu le jury.

Une fresque pensée avant d’être peinte
Face aux dimensions impressionnantes du mur, on pourrait imaginer l’utilisation de vidéoprojecteurs ou de techniques sophistiquées. Il n’en est rien.
Aujourd’hui, Menace prépare ses compositions sur tablette graphique, où il réalise les montages et les recherches visuelles. Une fois sur place, il reporte son dessin directement sur le mur à l’aide de repères, de quadrillages et de tracés à la craie.
“Je ne dessine jamais sur papier. Moi, je peins”. La réalisation demande ensuite plusieurs semaines de travail.
Les grands aplats de couleur sont réalisés au rouleau ou au pistolet avec des peintures de façade, tandis que les détails, les personnages et les effets de lumière prennent forme principalement à la bombe aérosol, complétée par l’aérographe et parfois le pinceau.
Au total, près d’un mois sera nécessaire pour couvrir les deux faces du pont.

Un artiste aux multiples supports
Si les grandes fresques sont celles qui attirent le plus l’attention, elles ne représentent qu’une partie de son activité.
Entre deux projets monumentaux, Menace intervient aussi bien chez des particuliers que dans des écoles, des entreprises ou des collectivités.
Il réalise des décors de chambres d’enfants, des murs de jardins, des cages d’escalier, des locaux professionnels, mais aussi des food trucks, des véhicules ou différents supports métalliques et en bois.
“J’ai l’impression d’être sur un tableau. Moi, ce que j’aime, c’est travailler en grand”
Parmi les réalisations qui l’ont le plus marqué figurent notamment une grande fresque consacrée à l’histoire de Vallauris, sa ville d’origine, ainsi qu’un premier chantier réalisé pour le groupe Thales, qui lui a fait prendre conscience qu’il pouvait vivre de son art.

Une œuvre qui prendra tout son sens une fois achevée
Pour l’heure, seule la première face de la fresque est en cours de réalisation. Les habitants peuvent déjà observer le travail de l’artiste évoluer de jour en jour, chaque nouvelle couche révélant un peu plus la composition finale.
Lorsque les deux côtés du pont auront été entièrement peints, l’œuvre offrira une vision complète imaginée autour du thème du spectacle vivant, donnant une nouvelle identité à cet espace de passage bien connu des Pugétois.
Puget-Infos reviendra prochainement sur ce chantier avec un second reportage consacré à la fresque terminée, afin de découvrir l’œuvre dans son ensemble.
Vous pouvez découvrir les réalisations de Menace l’artiste sur ses réseaux sociaux :







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